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Dangereux: flirter avec les limites de l’acceptable

by Kais Fguiri

Le minaret est un appendice architectural tardif des mosquées. Son but est de fournir un point élevé au muezzin pour les appels à la prière. Il symbolise aussi la présence des croyants musulmans dans un espace social. En Suisse, les minarets restent muets, fruit d’un choix raisonnable des musulmans.

S’il est bien égal pour la plupart des musulmans établis en Suisse qu’une mosquée possède ou non un minaret, une telle initiative (contre la construction de minarets) les blesse profondément, provoquant même parfois leur colère. Elle procède en effet d’une démarche discriminatoire qui vise les seuls musulmans. Elle touche de plus les personnes au plus profond de leur identité, même si la grande majorité des musulmans en Suisse est peu pratiquante. La blessure provient aussi du fait que l’attaque procède d’un amalgame entre intégristes violents et simples citoyens de confession musulmane.

Cette campagne haineuse pousse les musulmans aux questions et constats suivants :

  • Si l’initiative contre la construction de minarets n’est pas compatible avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et qu’elle menace la liberté religieuse et peut-être aussi la paix religieuse dans notre pays, comment a-t-elle pu être présentée à nos concitoyens ?
  • Même si les autorités suisses estiment que l’initiative sera rejetée par le peuple, la campagne agressive menée par les populistes risque de mettre à mal la confiance des musulmans dans ce pays. On pense bien entendu aux dérapages xénophobes tels que l’affiche représentant une femme voilée à côté d’un drapeau suisse transpercé par des minarets et donnant une image de musulmans agressifs et mal intentionnés.
  • La campagne populiste utilise le prétexte des minarets pour apeurer les Suisses, en surfant sur l’émotionnel du moment. Le fond de commerce n’est pas nouveau et vise bien sûr à faire le plein d’électeurs quitte à ostraciser une catégorie de notre population et à affaiblir les droits fondamentaux. Le risque est grand que l’image de la Suisse paie le prix fort d’une démarche irresponsable.

Malgré cette atmosphère désagréable, les musulmans doivent conserver leur calme et garder à l’esprit que des Suisses et les plus hautes autorités du pays s’opposent à cette initiative jugée contraire aux valeurs fondamentales nationales. Cette initiative résulte de la démocratie directe suisse qui demande l’avis de l’ensemble des citoyens, même sur des propositions qui peuvent flirter parfois avec les limites de l’acceptable. Il est vrai que les subtilités d’un tel système politique est très difficile à expliquer à l’étranger.

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